mardi 24 avril 2007

A la recherche du prochain Google

En onze ans d'existence, le moteur de recherche américain s'est imposé comme une porte d'entrée obligée sur le Net. Des milliers de sociétés tentent de le concurrencer grâce à des fonctionnalités différentes ou à l'indexation de contenus originaux. En Europe, les Etats eux-mêmes financent des programmes industriels dont l'objectif est d'entamer sa suprématie et d'offrir des alternatives.

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Il existerait aujourd'hui plus de 500.000 moteurs de recherche. Mais la domination de Google est telle qu'il semble difficile d'espérer rivaliser avec lui.
EMMANUEL PAQUETTE

Googler » : verbe d'un nouveau genre qui a fait son entrée dans l'édition 2006 du Merriam-Webster, l'équivalent américain du Larousse ou du Robert. Sa définition ? « Rechercher des informations sur quelqu'un ou quelque chose sur Internet via le fameux moteur de recherche du même nom. » Une consécration pour l'entreprise créée par Larry Page et Sergey Brin, qui, selon comScore, a pris le contrôle, en onze ans, de plus de 64 % du marché mondial. Avec une telle audience, elle est également devenue la référence du marché publicitaire en ligne. Ses liens sponsorisés, les « adWords », qui apparaissent au côté des résultats issus des requêtes des internautes, constituent une véritable mine d'or : près de 11 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2006 et des bénéfices de 3 milliards, en hausse de 110 % !

De quoi faire pâlir d'envie la concurrence. Yahoo!, Microsoft, Fast Search, Exalead, Blinkx, Wikia Search, Ask, Technorati... D'après certaines estimations, plus de 500.000 moteurs entendent bien se faire une place à l'ombre du géant. Tous veulent changer le monde de la recherche. « Google est à l'heure actuelle dans une telle position de domination, tant aux Etats-Unis qu'ailleurs, qu'il est difficile de le remplacer, estime Toby Crisp, analyste pour comScore. Cela étant dit, qui aurait pu prédire qu'un site de vidéos sur le Net comme YouTube connaîtrait une explosion de son audience de plus de 2.000 % en un an ? »

Chaque acteur possède sa propre stratégie. Certains veulent concurrencer Google en proposant un éventail plus large de réponses. Ces métamoteurs agrégent et présentent les résultats de plusieurs moteurs existants. Ils se nomment Dogpile, Info.com, Metacrawler ou encore Mamma. Quand ceux-ci visent l'exhaustivité, d'autres préfèrent se concentrer sur des contenus ciblés, la vidéo par exemple, en plein boom. D'autres encore ne craignent pas de s'attaquer directement à Google mais avec de nouveaux algorithmes de recherche, considérés comme plus performants.

« Il y a beaucoup d'acteurs différents, estime François Bourdoncle, PDG du français Exalead. Les trois principaux types sont : les métamoteurs, les sites verticaux spécialisés dans des contenus particuliers et enfin les moteurs grand public avec une vraie technologie et des contenus exhaustifs indexés. Nous faisons partie de cette dernière catégorie. » Exalead possède son propre site, mais vend également sa technologie de recherche en marque blanche à des portails sur Internet ou à des opérateurs de téléphonie mobile. Ainsi, Bouygues Telecom l'utilise-t-il sur son site WAP mobile et AOL France en a-t-il fait usage jusqu'à l'an dernier.

Recours à l'intelligence artificielle...

« Quand vous regardez les sociétés disposant vraiment de technologie, en dehors de Google, Yahoo! et Microsoft, elles sont peu nombreuses, estime François Bourdoncle. Je vois Gigablast aux Etats-Unis, Baidu en Chine et Exalead ou Fast Search en Europe. » Norvégienne, cette dernière vend son savoir-faire en matière de recherche à des entreprises - organismes financiers, opérateurs de télécommunications, médias, etc. -, mais elle le fournit aussi au moteur grand public Accoona (1), dont elle est actionnaire.

« Dans le passé, on a déjà vu des entreprises émerger et prendre la tête de nouveaux secteurs avant de se faire détrôner par des sociétés plus créatives, rappelle Eckhard Pfeiffer, président d'Accoona et ancien PDG de Compaq. Souvenez-vous d'IBM, il était numéro un sur le marché des PC et il n'a pas vu venir Compaq et Dell. »

Créé en 2004, Accoona table, pour se différencier et s'imposer, sur un algorithme intégrant de l'intelligence artificielle. Les résultats des requêtes se font par acronyme, éponyme, hyponyme, etc. en fonction du ou des mots clefs inscrits par les utilisateurs. Un système situé à droite de l'écran - le « Supertarget » - permet à l'internaute d'affiner son interrogation en privilégiant un mot, une date ou un contexte. Lorsqu'il a présenté en grande pompe ce moteur, l'ancien président des Etats-Unis Bill Clinton a déclaré aux fondateurs, dont Eckhard Pfeiffer et le champion d'échecs Garry Kasparov : « J'espère que vous serez tous riches un jour, mais souvenez-vous aussi que vous faites quelque chose de bien pour l'humanité. » Accoona prévoyait de s'introduire à la Bourse de Londres ce mois-ci avec une valorisation estimée à 687 millions de dollars. Cependant, il a repoussé ce projet à la fin de l'année, car, après avoir levé plus de 100 millions de dollars, il dispose encore d'assez de liquidités pour se développer.

... et à l'intelligence collective

L'initiative la plus originale est sans conteste celle de Wikia Search, moteur en cours de création. Son promoteur, Jimmy Wales, déjà à l'origine de l'encyclopédie en ligne gratuite élaborée par les internautes Wikipédia, veut renouveler l'expérience de « l'intelligence collective ». Il souhaite demander aux utilisateurs de référencer eux-mêmes des sites et de noter leur pertinence. Wikia Search espère ainsi atteindre 5 % du marché mondial de la recherche.

Jimmy Wales, qui vit aujourd'hui au Japon, estime que les technologies des moteurs dans leur ensemble sont des boîtes noires auxquelles il est impossible d'avoir accès. « Notre projet peut fonctionner seulement si les internautes soutiennent notre démarche en participant à la création d'un moteur de grande qualité, libre, ouvert, transparent et contrôlé par la communauté des utilisateurs », ajoute-t-il. La société a recueilli 14 millions de dollars, dont 10 millions en provenance du site de commerce en ligne Amazon.

D'autres entreprises préfèrent éviter de se frotter directement à Google. Ainsi Blinkx se concentre-t-il sur l'indexation de vidéos. « Il est très difficile de vouloir s'imposer en proposant un moteur de recherche textuel face aux géants du moment, analyse Suranga Chandratillake, son PDG. En revanche, il reste de nombreuses choses à faire dans d'autres domaines, comme les contenus vidéo ou les blogs. » Le site Blinkx a indexé plus de 7 millions d'heures de programmes télévisés ou de vidéos « garage content », autrement dit faites dans leur garage par des internautes. Pour classer ces contenus, le moteur analyse la bande-son grâce à la technologie de la société anglaise Autonomy. En mélangeant les « metadata » (description textuelle des contenus), le « closed caption » (extraction et analyse des sous-titres ou des textes incrustés dans une vidéo), la reconnaissance vocale et l'analyse visuelle, Blinkx s'est construit une base de recherche très importante.

La firme a passé de nombreux accords avec des chaînes de télévision (Fox News, MSNBC, CNN, BBC News, CBS, etc.) afin de référencer leurs programmes et d'en rendre possible le visionnage. « Nous proposons notre moteur avec toutes ces vidéos sur les portails tels que Lycos, MSN de Microsoft ou encore InfoSpace », précise Suranga Chandratillake. Grâce à quoi, Blinkx touche des revenus publicitaires dès qu'un internaute utilise sa fonction recherche de vidéos sur un de ces sites.

Le visionnage de vidéos explose sur le Net, la création de blogs aussi. Face à une telle prolifération, les moteurs de recherche traditionnels sont peu réactifs car il faut beaucoup de temps pour lancer des petits logiciels qui scannent le Net, classent l'information recueillie par mots clefs, la hiérarchisent en fonction de sa pertinence, pour enfin la « pousser » vers l'utilisateur. Le site Technorati a décidé de tirer parti de cette faiblesse. Spécialisé dans les blogs, il en a indexé à lui seul plus de 72 millions et considère que chaque jour 175.000 autres viennent enrichir sa base. « Nous proposons aux annonceurs une audience très ciblée, les blogueurs, qui ont beaucoup d'influence sur la Toile », souligne David Sifry, son PDG.

Une hégémonie qui inquiète

Entre les vidéos, les blogs et plus largement tous les contenus multimédias qui se répandent sur la Toile, l'effervescence autour des moteurs de recherche n'a jamais été aussi forte. Pourtant, Google continue de dominer. Le président de la Bibliothèque nationale de France (BNF) s'en est inquiété. Michel Rocard aussi, dans son rapport sur les enjeux du numérique remis à la candidate socialiste, Ségolène Royal. « Nous ne devons pas laisser à Google le monopole de la numérisation de notre mémoire et de notre histoire », écrit l'ancien Premier ministre. Plusieurs Etats, conscients que « qui maîtrise l'information détient le pouvoir », ont déjà pris la décision de combattre l'hégémonie américaine. La France avec Quaero, l'Allemagne avec Theseus mais également les Pays-Bas, la Norvège, le Japon et la Chine poussent leurs industriels à créer des alternatives aux moteurs existants.

Toutes ces initiatives sont cependant bien tardives. La preuve ? Les internautes continuent de se rendre en masse chaque jour sur Google alors qu'ils ont le choix parmi quantité d'autres moteurs. Il faut dire que, en enregistrant depuis sa naissance toutes les requêtes réalisées sur son site, la société américaine a compris les habitudes de recherche des internautes et a su améliorer son service. Sur Internet, onze ans d'expérience peuvent être synonymes d'éternité.

Source : http://www.lesechos.fr/info/comm/4564662.htm

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